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FERENCES :

http://music.africamuseum.be/instruments/french/rwanda/rwanda.html

1) Le chant de danse Imbyino

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Le terme imbyino est un substantif qui dérive du verbe kubyina doté d'un champ sémantique étendu: exécuter une chanson accompagnée de danse; danser en battant le sol des pieds, au rythme d'une chanson émise par le danseur et/ou par d'autres personnes. Le substantif Imbyino peut donc être rendu par: chant populaire (généralement) accompagné de danse (Dictionnaire Rwandais-Français de l'INRS, édition abrégée par Jacob).  Le chant de danse était pratiqué au niveau de la cour royale, donnant lieu à la danse dite Umushagiriro, d'un tempo lent et à pas glissés, généralement féminine, insistant sur l'élégance des gestes et des mouvements et l'exhibition du corps. D'après certains spécialistes des chorégraphies rwandaises, ce chant est nettement caractéristique de la musique Tutsi avec cette volonté de complication raffinée dans les tons, les voix souvent hautes, l'ornementation et la mélismatique. 

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L'autre catégorie du chant imbyino est celle qui donne lieu à la danse dite Umudiho: danse dont "les pieds frappent le sol avec une certaine force", variable suivant les danseurs (et les danseuses) et surtout suivant les régions . Cette variation que nous pouvons qualifier d'horizontale fait qu'au Rwanda le chant de danse est l'un des genres les plus riches du domaine musico-chorégraphique. Il bénéficie en effet des caractéristiques inhérentes aux traits culturels de chacun des trois groupes de population. Il existe un chant de danse à la manière Tutsi, un chant de danse à la manière Hutu et un chant de danse à la manière Twa en considération des thèmes abordés, de la texture mélodique et de la chorégraphie. Par ailleurs, il existe un chant de danse de type féminin et un autre de type masculin. Mais la variation horizontale la plus riche est celle qui concerne les régions. En effet, les régions du Rwanda notées ci-dessus ont chacune un certain nombre de caractéristiques qui déterminent la spécificité du chant de danse de l'une ou de l'autre. Au point de vue chorégraphique et en rapport avec les régions, on notera que la danse umudiho se subdivise en deux catégories: celle des pas et des mouvements forts de la danse ikinimbaqu'on retrouve dans les régions montagneuses du pays (Ruhengeri, Gisenyi et Byumba dans la nord et Kibuye-Gikongoro au sud-ouest et à l'ouest du Rwanda). Et puis celle des pas et des mouvements moins accentués dans le reste du Rwanda qui garde l'appellation d'umudiho. Par ailleurs, la danse étant une stylisation des activités et du mode de vie du groupe qui l'effectue, on aura :

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  • Le chant de danse avec évocation et reproduction de certains gestes et

mouvements liés au mode de vie agricole.

  • Le chant évoquant le mode de vie pastoral avec les

thèmes du chant liés à l'élevage de la vache et à sa valeur socio-économique.

  • Le chant évoquant le mode de vie des guerriers avec

les thèmes liés aux victoires et conquêtes.

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  • Le chant évoquant le mode de vie cynégétique: bien que ce

mode de vie ne fasse désormais plus que du passé, certaines polyphonies de danse des Twa l'évoquent avec nostalgie.

  • Le chant dont la cadence est celle de certains métiers et

activités socio-économiques.

Le chant rituel et notamment celui des cultes de Lyangombe et de Nyabingi

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Or ces activités et modes de vie sont déterminés par un certain nombre de facteurs liés au milieu physique : l'orographie, l'hydrographie, le climat ou au milieu social…, que le groupe concerné a dû affronter et domestiquer, de sorte que sa danse reflète et raconte la manière dont cette domestication s'est passée.

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a) Les thèmes et le contenu des chants de danse

Dans le domaine du chant de danse imbyino, les pas et les mouvements de chaque danse n'acquièrent leur valeur comme forme d'expression et ne deviennent langage que par le fait de la chanson qui leur confère le nom et le sens. Le nom de la chanson en effet, le style et la mélodie, le sens des paroles chantées permettent de classer les danses dans l'un ou l'autre domaine, de les rattacher à l'un ou l'autre thème.

A quels moments danse-t-on au Rwanda ? Les imbyino sont présents lors d'événements particuliers de la vie sociale du Rwandais. Ainsi un répertoire imposant de chants et de danses est lié aux cérémonies du mariage. Les chants de danse étaient à noter aussi lors de la fête des prémices Umuganura, lors des veillées consécutives aux visites d'amis et visites familiales, lors des beuveries consécutives à certaines activités communautaires tels les labours, la couverture d'une case de son toit de chaume, après une partie de chasse, lors du rituel des relevailles et de l'imposition du nom au nouveau né. La danse Imbyino était également exécutée à l'occasion de certains autres rituels et cérémonials au niveau de la cour royale (D'Hertefelt et Coupez, La Royauté Sacrée de l'Ancien Rwanda, Annales MRAC, 1964 : pp. 21-23, 67-71 ) et au niveau de la population, dans lesquels la danse intervenait comme élément rituel déterminant pour rehausser la célébration ou comme acte magique associé à d'autres actions curatives, préventives, incantatoires, jettatoires… Parmi ces rituels célébrés au niveau de la population on peut citer les danses effectuées dans le culte du Kubandwa ou de Lyangombe  et dans celui de Nyabingi , ce dernier présent surtout dans le nord du Rwanda. Bourgeois (1954 : 628-269) nous fournit d'autres cadres où étaient effectuées des danses magico-rituelles et dont certaines ne sont mentionnées que par cet auteur.

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A l'une ou l'autre occasion, la

population rassemblée donne libre cours à son génie créatif. Le chant de danse ainsi considéré a plusieurs fonctions et évolue sur plusieurs thèmes.

-Il pouvait (et peut encore) être une présentation indirecte des événements historiques (Vansina 1962 : 17-41).

-L'expression du regard critique du peuple sur lui-même et sur ses dirigeants. Surtout avant l'indépendance fleurissait la chanson de danse satirique, humoristique et caricaturale, exécutée par les femmes et surtout par les jeunes filles (Mbonimana 1971 : 66).

-Il jouait un rôle didactique: louait la vertu, fustigeait le vice par le biais de récits amusants et savoureux et abordait bien d'autres thèmes.  Dans ce genre didactique, nous pouvons aussi et surtout ranger la plupart des chansons exécutées à l'occasion du cérémonial du mariage, qui étaient une véritable école de morale et établissaient pour la future mariée, un code de conduite réaliste et rigoureux . Ce sont:

-celles exécutées avant le mariage dans le cadre de l'Umuhuro ou "Rencontre des jeunes filles avec leur compagne fiancée qui va bientôt partir".

-celles exécutées lors des festivités mêmes du mariage, dont certaines tiennent de l'amusement, de la grivoiserie et d'une certaine gaieté débridée. La plupart d'entre elles cependant sont d'une beauté qui les hisse au niveau de l'épithalame.

-celles qui sont exécutées quelque temps après le mariage, au cours de la cérémonie de présentation de la mariée à sa famille par

alliance, aux amis et à la communauté des alentours. 
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Dans

ce cadre du mariage et toujours dans son rôle didactique, le chant de danse rappelait aux époux leurs devoirs respectifs et réciproques, évoquait les problèmes liés au divorce, stigmatisait les avatars des mariages arrangés qui prévalaient dans l'ancien Rwanda et fixait la norme des travaux domestiques qu'un enfant doit accomplir et ceux qui sont au dessus de ces forces. Elle magnifiait le bonheur d'une progéniture nombreuse.

  • Il pouvait aussi être laudatif: magnifier les dirigeants,

chanter les hauts faits des héros, célébrer la beauté des belles choses: des collines et des rivières du Rwanda, du soleil vespéral, de la femme rwandaise, de la vache ankole aux cornes en forme de lyre (domaine où excellaient les Twa et leurs polyphonies, certains chants de veillée des Hutu, les chants des femmes Tutsi et du groupe de population Gogwe consacrés à l'éloge de la vache. b) Structure du chant de danse

Le chant de danse est de structure responsoriale, évoluant sur un refrain, toujours le même dans un chant, repris par un chœur de chanteurs. Le refrain court après chacun des couplets, généralement nombreux, entonnés par un soliste . Le chant de danse évolue sur un rythme mesuré simple ou complexe, avec le phénomène d'accentuation métrique (temps forts et temps faibles) et pathétique ou expressive(rythme qualitatif "exprimant les sentiments les plus profonds de l'âme" (Mbonimana, 1971 : 41). Il est traditionnellement vocal. La mélodie, à l'unisson ou en polyphonie, est accompagnée par le battement des mains qui soutient le rythme et sert d'indicateur de mesure aux chanteurs et aux danseurs. A ce genre de percussion par les mains se sont ajoutés au fur du temps quelques instruments de musique: d'abord le tambour ingoma (de petites dimensions), mais aussi la cithare inanga, la sanza (du genre lamellophone) ikembe, l'arc musical umuduri (umunahi), la vièle indingiti et la corne ihembe. Dans certaines régions du Rwanda, les hochets ikinyuguriagakenke ou agahubano, la cruche igicunda, l'ensemble des sifflets insengo ont toujours accompagné le chant de danse. Notons en passant qu'à part l'île de Nkombo où le hochet ikinyuguri soutient le chant de danse profane, dans les autres régions du Rwanda, ce même hochet, de concert avec le grelot inzogera, intervient pour soutenir le rythme des chants rituels, principalement ceux du culte de Lyangombe. Les petits grelots amayugitraditionnellement portés aux chevilles par les danseurs guerriers intore, sont de plus en plus portés aussi par les danseurs et les danseuses des imbyino . 

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Notons enfin le cas de certaines polyphonies vocales de danse Twa soutenues par les trompes amakondera . Les enregistrements détenus par le MRAC et remontant aux années 1950' font entendre des mélodies et des rythmes de danse ou dansables, soutenus par l'harmonica ou par l'accordéon  et même par le sifflet d'origine occidentale , lesquels ont été, pour une raison non élucidée, progressivement abandonnés après l'indépendance du Rwanda. Actuellement, le chant de danse dans les agglomérations urbaines bénéficie de l'appui des instruments de l'orchestre occidental de variété: guitare, orgue électronique, batterie de tambours, saxophone et trompettes. S'agissant de l'interaction entre la musique rwandaise et les instruments y relatifs, on pourra consulter avec intérêt, l'ouvrage de J. Gansemans (Les Instruments de Musique du Rwanda, 1988) qui sert de référence dans ce domaine, étant d'ailleurs le seul à en offrir une vue d'ensemble.

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Avant de clôturer ce point, nous signalerons à propos des polyphonies de danse du groupe de population Twa leur richesse mélodique et rythmique foisonnante, qui va de pair avec une richesse chorégraphique indescriptible. Notons à ce sujet les chants des groupes Twa de l'ancienne cour royale (Urwiririza, Ishyaka , Abangakurutwa, notamment) qui sont des joyaux détenus par le MRAC