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REFERENCES :

http://music.africamuseum.be/instruments/french/rwanda/rwanda.html

MUSIQUE: (Suite)

2) Le chant Indirimbo

Outre le chant de danse imbyino, les Rwandais ont toujours pratiqué le chant indirimbo, qui se différencie du premier par le fait qu'il est presque toujours à rythme libre, c'est-à-dire "celui qui, au lieu d'être réglé par une division égale du temps, obéit plutôt au mouvement général d'une phrase ou d'un membre de phrase tel que l'impose le texte. C'est qu'en effet, dans la musique rwandaise, la tonalité des mots et la quantité vocalique jouent un rôle important dans la composition musicale, les paroles participant à la création d'un état émotif rythmique" (Mbonimana, 1971 : 40). Exclu des chants de danse et des batteries de tambours, ce rythme se retrouve dans un certain nombre d'autres genres musicaux, appelés Indirimbo et dont nous parlons brièvement ci-après.

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Les berceuses et les chants d'amour: chants d'apaisement pour les enfants qui pleurent . Le rythme du chant va de pair avec le mouvement de la mère balançant l'enfant dans ses bras ou sur le dos. A noter que le terme rwandais igihozo a plusieurs significations: chant d'apaisement de l'enfant, chant de consolation de la fiancée qui va bientôt se marier  , pour la mariée, chant d'amouradressé à une personne adulte: une femme à l'homme, un homme à la femme.

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  • Au sujet du chant d'apaisement de l'enfant, il faut mentionner la technique de l'Ubuhuha: soit celle d'une mélodie sifflée ou

soufflée à travers les lèvres avec les deux mains réunies au tour, en une sorte de conque. Cette technique est surtout utilisée par les femmes .

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  • Les contes, les légendes et les récits historiques ou pseudo-historiques: nous parlons ici de la catégorie chantée   car il

existe aussi, par exemple, une version récitée des aventures de Lyangombe.

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Les chants mentionnés dans les 2 premiers points ici, pouvaient être chantés dans un cadre purement vocal ou avec accompagnement d'un instrument de musique solo: la cithare inanga, la vièle indingiti, l'arc musical umuduri et la sanza ikembe .

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-La déclamation des poèmes dynastiques qui semble être un genre à part et se situe

entre le récit déclamé et le chant .

-Les chants de métiers et/ou de certaines activités vitales

-Les chants des agriculteurs: Kwidoga: plus haut, nous avons évoqué les chants des laboureurs à rythme mesuré et donc pouvant engendrer la danse. Il est question ici de ceux à rythme libre, connus sous le terme rwandais Kwidoga: ou chanter pour encourager quelqu'un au travail . Ce terme vaut d'ailleurs aussi pour le chant d'encouragement des danseurs guerriers intoreen action sur les rangs de danse .

-Les chants des voyageurs: Kwitonga mélodiquement et rythmiquement proches du Kwidoga des agriculteurs, ils n'en diffèrent que par le contenu des textes chantés. Ils étaient chantés par les voyageurs chargés de victuailles au retour des marchés et des contacts à troc .

-Les chants des piroguiers: Amasare : les plus intéressants et dont le MRAC possède quelques échantillons étaient ceux des fabricants des pirogues qui rythmaient la poussée de ces embarcations du lieu de leur fabrication vers les rivages des étendues d'eau.

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-Les chants des apiculteurs: Amavumbu: dans lesquels ces derniers louaient la valeur des abeilles en tant que productrices de miel dont les Rwandais pouvaient tirer des médicaments, mais aussi et surtout l'hydromel .

-Les chants des forgerons: textes chantés ou récités dans le jargon Urucuzi de ces forgerons qui, aujourd'hui, a complètement disparu.

-Les chants de chasse: Amahigi: il existait au Rwanda plusieurs formes de chasse. Les plus connues parce qu'elles furent les plus pratiquées et les plus célébrées sont la chasse à l'arc et la chasse à courre ou au "grelot", métonymie pour indiquer la chasse avec les chiens portant le grelot. 

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'Les chants de chasse à l'arc, Amahigi y'umuheto, se divisent en quatre catégories:'

-Le chant Kwasira: évocation lyrique des expéditions de chasse au cours desquelles le chasseur qui chante ou sa compagnie se sont illustrés… Le chant alterne souvent avec la trompe ihembe (une ou alors plusieurs se répondant).

-La déclamation Kwirahira: ou les hauts faits cynégétiques du chasseur déclamés par-dessus la dépouille de l'animal qui vient d'être abattu.

-La psalmodie Urukumo: par les chasseurs chargés de la battue des fourrés pour débusquer le gibier. Dans la représentation de la chasse, ces psalmodies alternent avec les déclamations Kwirahira.

-Les chants de danse, imbyino, qui clôturaient la cérémonie de présentation du produit de chasse au roi, à telle autorité régionale ou locale .

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Les chants de la chasse "au grelot", Amayogera, se divisent eux aussi en quatre catégories:

-Le chant Kwasira: évocation lyrique et souvenir des exploits du chien de chasse. Ce chant est rythmé par un ou plusieurs inzogera ou grelot(s) de chasse, agité(s)-par un ou des chasseur(s).

-Le Gukabukira: ensemble de versets adressés rudement au chien pour l'exciter au cours de la battue.

-L'agahege ou ikobe: ensemble de cris lancés par un chasseur auquel répondent le groupe des autres, comme pour se donner du courage et signaler leurs positions respectives. Dans la représentation de la chasse, ces cris alternent avec la phase du Gukabukira.

-Les chants de danse qui comme dans la chasse à l'arc, clôturaient la cérémonie de présentation du produit de chasse .

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Trois remarques sont à faire:

-Dans tous les chants du souvenir ci-dessus, les chasseurs invoquent souvent leurs ancêtres ou les esprits Imandwa du culte de Lyangombe qu'ils associent à la chasse et auxquels ils demandent chance et protection.

-La chasse à l'éléphant donnait lieu à des chants d'une structure particulière par rapport aux chants évoqués ici.

-La chasse au Rwanda, dans sa globalité, n'était pas organisée pour fournir aux chasseurs de la viande de venaison. Peu de Rwandais mangeaient de cette viande. C'était plutôt par esprit d'aventure, de sportivité et/ou d'amour du danger.

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-Le chant pastoral: on aura remarqué à travers cette présentation que les Rwandais magnifiaient trois animaux: deux domestiques (la vache, le chien de chasse), et un troisième, semi-domestique (l'abeille). Des trois, la vache est celle qui fut la plus honorée. Cette magnification passe par plusieurs chants qui tous, dans leur ensemble, peuvent être considérés comme un sous genre de la poésie pastorale déclamée, très élaborée et faisant partie de ce que Alexis Kagame (1969) appelle les "trois grands genres lyriques de l'Ancien Rwanda": poésie pastorale consacrée à la vache royale Inyambo, poésie guerrière et poésie dynastique, du fait que les trois étaient encouragés, voire même étaient attachés à certaines institutions royales. Les chants du domaine pastoral sont nombreux mais aucune étude exclusive ne leur a encore été consacrée. Nous avons :

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-Le chant Amahamba: le plus connu et le plus pratiqué par les Rwandais chanté lors du retour des transhumances, lors de la période des saillies - Kubangurira, ou le soir au retour des pacages .

-Le chant Imyoma dont le nom évoque les pâturages des vallées et des flancs de colline encaissés .

-Le chant Amajuri évoquant les pâturages des forêts sombres .

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-Le chant Ibyiisigo: catégorie de chants exécutés aux abreuvoirs au moment où les pâtres les remplissaient d'eau saline.

-Le chant Amayungu: chant dont la mélodie est proche soit de celle des Amajuri, soit de celle des Imyoma. Il évoque notamment le retour de la pluie et l'espoir des pâturages renaissants.

-Le chant Indama.

-Le chant Imhima ainsi que beaucoup d'autres.

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-Certains de ces chants reprennent des morceaux d'odes de la poésie pastorale dédiée à la vache royale Inyambo.

-Certains chants de danse des femmes Tutsi partent eux-mêmes de ces chants (d'hommes), la catégorie des chants Amajuripar exemple, dont ils reprennent certains thèmes et morceaux. La poésie pastorale officielle chantée évoque la valeur sociale et économique de la vache, sa beauté, sa démarche, ses cornes blanches en forme de lyre, le bonheur de ses possesseurs, les terribles épidémies qui ont frappé les troupeaux, telle la peste bovine Muryamo (1890-1891 ; 1934) à propos de laquelle le MRAC possède beaucoup de chants consacrés à son évocation.

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-Le chant guerrier: la guerre étant une activité humaine primordiale, de défense et/ou d'extension du territoire national, elle peut être insérée dans ce cadre des activités et métiers. En fait, pour l'élite de l'ancien Rwanda, la guerre était une sorte de métier à laquelle des jeunes étaient formés depuis leur jeune âge. Le chant guerrier faisait partie de cette formation et pour A. Kagame (1969), il était l'un des genres secondaires de la littérature épique rwandaise.  Deux de ces genres ont contribué à animer l'épopée:

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-les 'chants guerriers proprement dits "Indirimbo z'ingabo"'. Ils vont toujours de pair avec la déclamation des hauts faits ibyivugo ou "parlers de soi", odes guerrières auto-panégyriques que chaque homme récite sur un ton déclamatoire exalté dont la maîtrise faisait partie de la formation de tout Rwandais mâle .

-les chants de louange, eux aussi liés à la guerre, ils sont dits "Indirimbo z'ibihayi".

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Dans l'organisation militaire de l'ancien Rwanda, chaque milice (que A. Kagame appelle aussi armée sociale) était constituée de plusieurs compagnies. Chaque milice et chaque compagnie avait son chant guerrier ou hymne. Ces chants se transmettaient de génération en génération. Ils étaient généralement chantés par les guerriers au cours des veillées, autour du roi ou des chefs militaires. C'est pour cette raison que les chants de ce domaine enregistrés par le MRAC sont désignés comme chants de veillée ou chants guerriers. Au fur du temps, leur pratique s'était étendue au niveau de la population. 

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La tradition des milices rwandaises dans ce domaine fut bien évidemment poursuivie par les troupes de danses guerrières, dont la plupart eurent leurs chants de guerre respectifs, exécutés sur les lignes de bataille durant les spectacles ou pendant les veillées.

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Cette tradition se maintenue avec les équipes de football dès l'instant où ce sport fut introduit au Rwanda. Ces chants, qui avaient stimulé le courage et l'esprit d émulation au sein des armées et des compagnies, allaient rehausser l'esprit de compétition au sein de ces équipes d'un type nouveau mais dont l'organisation relayait en quelque sorte l'émulation combative des anciennes milices. 

Notons que les chants-hymnes de ces équipes de football, aujourd'hui disparus, furent influencés par la musique occidentale grégorienne, ce qui est normal car les missionnaires de la société des Pères Blancs qui enseignaient cette musique au Rwanda étaient aussi les fervents créateurs et supporters de ces équipes. On retrouve beaucoup de ces chants dans les enregistrements du MRAC .